du 10 au 19 février 06
     
 
  programmation  
 
 

une chronique des corps

Le corps, notre réalité la plus proche, matière première du cinéma, et souvent, porte-parole involontaire de l'état et des mutations d'une société.

La programmation de cette section réunit deux catégories de films. D'une part, les œuvres réalistes où le corps malade, malmené, oppressé, agressé, bouleversé, raconte l'isolement social et ses conséquences. D'autre part, les œuvres oniriques où le corps absent, interdit, inversé, raconte le mal-être et le vide de l'âme.

Tous ces films prennent leur point de départ à l'intérieur du corps, dans le plus intime de son état physique ou psychologique, pour en tirer un récit et une forme spécifiques. Cette démarche aboutit souvent à une caméra proche des visages et des peaux, ou à des mises en scène très solidaires des personnages et de leur point de vue. Elle ne les amène jamais à le montrer sous un jour trivial, ni à l'exposer pour son seul pouvoir de fascination.

Incarnation de l'esprit, le corps apparaît au contraire comme le lieu même de la dignité humaine.


Bashing
Masahiro Kobayashi
fic, Japon, 2005, 82', 35mm, vost angl/fr


Première suisse

De retour d'Irak après y avoir été prise en otage, une jeune femme subit un opprobre qui l'exclut implacablement de la société japonaise.
Tirée de la mésaventure réelle des volontaires japonais enlevés en Irak en 2004, cette adaptation libre raconte une situation qui paraît difficile à croire aux Occidentaux. Accablée par une véritable cabale morale, l'héroïne subit rejets et insultes, jusqu'à se trouver totalement isolée. En allant directement à l'essentiel, en donnant le minimum de mots, Masahiro Kobayashi égrène les coups que reçoit la jeune réprouvée sur un rythme qui ne laisse place à aucun repos.
Celluloïd dreams/France, T + 33 1 49 70 03 70, pascale@celluloid-dreams.com

CAC Simon, dim 12, 17h30 - CAC Langlois, lun 13, 22h - CAC Langlois, mar 14, 22h00


Conte de cinéma (Keuk Jang Jeon)
Hong Sang-soo
fic, Corée du Sud, 2005, 90', 35mm, vost fr


Première suisse

Un jeune étudiant retrouve une fille qu'il a aimée pendant son adolescence et tente de se suicider avec elle. Parallèlement, un cinéaste raté poursuit une actrice de ses assiduités et lui propose de mourir avec elle.
Hong Sang-soo revient avec un de ces films à énigmes dont il a le secret. D'une histoire à l'autre se développe le même sentiment de relations manquées, de vide de sens et d'impossibilité de rattraper le temps qui passe, avec un mélange de morbidité et de frivolité qui donne à ce spleen un caractère envoûtant.
MK2/France, T + 33 1 44 67 30 11, birgit.kemner@mk2.com

Scala, lun 13, 16h30 - mer 15, 21h15


Doppelganger (Dopperugengâ)
Kiyoshi Kurosawa
fic, Japon, 2003, 103', 35mm, vost angl/fr


Première suisse

Alors qu'il avance à la mise au point d'un corps humain artificiel, un ingénieur en équipement médical voit apparaître un personnage mystérieux qui se présente comme son double. Terrifié par ce qu'il prend pour un signe annonciateur de sa mort, il cherche à s'en débarrasser, en vain.
Ce thriller psychologique s'impose comme une version moderne de Dr Jekyll et Mr. Hyde. Pour traiter de la recherche de personnalité, le cinéaste utilise une narration complexe à tel point qu'on finit par ne plus savoir lequel est le vrai parmi les deux jumeaux ennemis. Passé maître dans le genre fantastique bizarre et inquiétant, le cinéaste japonais monte encore d'un cran et se paie même le luxe de créer une deuxième partie qui peut s'interpréter comme le Doppelganger de la première... De quoi faire carburer les méninges.
Mirovision/Japon, T + 82 2 737 25 68, F + 82 2 3775 4151,nelly@mirovision.com

CAC Simon, sam 11, 13h - lun 13, 17h30 - ven 17, 17h30


Eli, eli, lema sabachthani?
Shinji Aoyama
fic, Japon, 2005, 107, 35mm, vost fr


Première suisse

En l'an 2015, le Japon vit une épidémie de suicides provoqués par un mystérieux virus. Dans l'espoir de sauver sa petite-fille, un vieil homme prend contact avec deux jeunes artistes sonores. Les malades qui écoutent leur musique composée de sons enregistrés dans la nature et de cris, voient en effet leurs symptômes diminuer, parfois jusqu'à la guérison.
Pas la peine d'attendre des décors futuristes dans ce film d'anticipation abstrait (l'an 2015 n'est d'ailleurs pas si loin de 2005). Les personnages se comptent sur les doigts de la main, et son histoire se déroule principalement à la campagne, entre un studio d'enregistrement, une pension tranquille et un champ d'herbe verte. Aoyama oppose le désespoir contemporain à l'espoir que transmet la créativité. Sur un mode très contemplatif, le récit donne une large place au travail des artistes, à leurs recherches de sons originaux et à leurs concerts bruitistes, pour atteindre une apogée psychédélique.
Frenetic/Suisse, T + 01 488 44 14, mail@frenetic.ch

CAC Simon, dim 12, 15h30 - lun 13, 19h30 - sam 18, 15h30


Gozu
Takashi Miike
fic, Japon, 2003, 125', 35mm, vost fr


Première suisse

A l'issue d'une dispute au sein d'un gang de yakusas, un homme de main voit mystérieusement disparaître le cadavre de son chef bien-aimé. Il tente alors de retrouver le corps en suivant des indices aussi intrigants que difficiles à décrypter.
On se souvient d'Audition et de son éprouvant final, dans lequel un homme mûr était longuement torturé par une jolie jeune fille révulsée par la lubricité des hommes. Il s'agit de nouveau de sexualité ici, mais la forme du récit est beaucoup plus mystérieuse. L'intrigue est tout entière constituée d'énigmes qui surviennent comme autant de signes du destin et contribuent à la paranoïa grandissante du anti-héros. La tonalité du récit est purement onirique et symbolique, immergeant le spectateur dans un monde qui ne craint aucune démesure visuelle, tant dans les phobies que dans les désirs refoulés.
Pretty Pictures/France, T + 33 1 43 14 10 00, anne-cecile@prettypictures.fr

Spoutnik, lun 13, 22h15 - mer 15, 22h15 - dim 19, 20h


Grain in Ear (Mang Zhong)
Zhang Lu
fic, Chine/Corée, 2005, 109', 35mm, vost fr


Première suisse

Dans une petite ville chinoise, une jeune femme d'origine coréenne vit avec son petit garçon et gagne sa vie tant bien que mal. Elle rencontre un homme marié de la même origine.
Tourné quasi entièrement en plans fixes avec une photographie très étudiée, le film développe un travail très particulier sur le son. Des grincements des voies de train aux craquements d'une mâchoire qui mastique un concombre, tous les sons corporels et matériels s'entendent au premier plan. Souvent léthargiques et muets, les personnages semblent avant tout des producteurs sonores. Les gestes quotidiens y côtoient le drame dans une continuité sans ruptures, ajoutant à la grâce quasi surnaturelle de la jeune protagoniste principale.
Ceo - Doo Entertainment/République de Corée, Choi Doo-young, T + 82 2 53 65 75 36, filmdoo@yahoo.co.kr

Scala, mar 14, 16h30 - ven 17, 21h15


La terre abandonnée (Sulanga Enu Pinisa)
Vimukthi Jayasundara
fic, Sri Lanka, 2005, 108', 35mm, vost fr


Première suisse

Dans une terre ravagée par la guerre, un cessez-le-feu amène une paix provisoire. Un jeune soldat partage son poste de garde avec un homme traumatisé par son passé. Il vit avec sa sœur, une chômeuse qui reste à la maison ou se promène dans la forêt avec sa femme, qu'il ne touche plus. Un jour, sur ordre de l'armée, il tue une personne dont il ne doit pas connaître l'identité.
Ce premier film impressionne par sa radicalité et sa beauté grave. Minés par le sentiment d'insécurité d'une situation sans guerre ni paix, les personnages vivent dans un temps suspendu qui s'exprime jusqu'à l'état flottant de leur corps. Plusieurs tranches de vie s'entremêlent, liées par des liens familiaux, des haines tenaces et un traumatisme commun. Essentiellement tourné en très longues prises et en son direct, ce film, Caméra d'or du dernier Festival de Cannes, est avant tout un poème visuel qui met en images ce que les mots sont impuissants à exprimer.
Onoma/France, T + 33 1 58 18 34 90 , F + 33 1 45 25 99 70, cecile.penavayre@onomainternational.com

Spoutnik, sam 11, 20h - dim 12, 14h - mar 14, 18h


Madame Satã
Karim Aïnouz
fic, Brésil, 2002, 104', 35mm, vost fr


Trois fois Reine du Carnaval, père de sept enfants adoptés, chanteur et comédien, Madame Satã est aussi la terreur des policiers, et l'un des plus grands habitués des prisons de la ville. Toujours habillé d'une chemise de soie, de pantalons moulants, d'un panama et de sandales à semelles de bois, c'est un des malandrins les plus réputés de Rio.
Inspiré de la vie de João Francisco de Santos, qui vécut dans les années 30 à Rio, ce portrait détruit le stéréotype de l'homosexuel fragile et délicat. Il pose aussi un regard sur la culture brésilienne, son culte de la violence, du psychodrame social et de l'érotisme bouillonnant. Gorgé de paillettes, de couleurs, de musiques frénétiques et d'énergie, son style évoque le réalisme magique des plus beaux films sud-américains. Primé à de multiples reprises, c'est le premier long-métrage de Karim Aïnouz.
Vega Film/Suisse, T + 044 384 80 60, diehl@vegafilm.com

Spoutnik, sam 11, 14h - mer 15, 20h


Oasis
Lee Chang-dong
fic, Corée du sud, 2002, 132', 35mm, vost fr


Première suisse

A sa sortie de prison, un homme simple d'esprit tombe amoureux d'une femme handicapée. A la fois banale et extra-ordinaire, leur relation se heurte à la mesquinerie et à l'étroitesse d'esprit des gens qui les entourent.
L'histoire dresse une opposition radicale entre l'esprit froid et borné de la société coréenne et l'esprit poétique des deux amants. De manière simple et magistrale, sans jamais tomber dans le pathos, le cinéaste brise les tabous de l'amour et de la sexualité de ce type de relation. Un chef-d'oeuvre du genre et une défense de la singularité contre un naturalisme cynique.
Les Grands Films Classiques/France, T + 33 1 45 24 43 24, F + 33 1 45 25 49 73, grands.films.classiques@wanadoo.fr

Scala, mar 14, 21h15 - jeu 16, 21h15 - ven 17, 16h30


Relatos desde el encierro
Guadalupe Miranda
doc, Mexique, 2004, 78', beta sp, vost fr


Première suisse

Dans la prison pour femmes de Puente Grande, une demi-douzaine de prisonnières parlent de vie dans ce centre de réhabilitation.
Pas de misérabilisme carcéral, ni d'apitoiement féministe dans ce documentaire réalisé par une femme. Guadalupe Miranda alterne des confessions face caméra avec des images immergées dans la vie quotidienne de la prison. Solidaires les unes des autres, occupées à des travaux ménagers communs et à des activités plus festives, elles semblent vivre un enfermement dénué de toute violence directe. Pas de gardiennes sadiques ou de maltraitance ici, en revanche, à l'image de l'état des bâtiments, les paroles révèlent un état de délabrement intérieur avancé. Mais cette situation est-elle seulement due à la prison? Derrière un remarquable travail documentaire, la cinéaste mène aussi une profonde réflexion sur la notion de liberté des femmes dans la société mexicaine d'aujourd'hui.
Azizanur/Mexique, T/F + 52 55 56 06 39 06, azizanur@yahoo.com.mx

Spoutnik, dim 12, 16h - lun 13, 18h


Sangre
Amat Escalante
fic, Mexique, 2005, 90, 35mm, vost angl/fr


Première suisse

Elle est serveuse dans un fast-food. Lui comptabilise les personnes qui entrent dans un grand bâtiment administratif. Le soir, ils se retrouvent sur le canapé devant une telenovela. Parfois, ils font l'amour sur la table de la cuisine. Et puis un jour, sa fille à lui arrive dans leur vie.

La vie de ces personnages est si morne, si tristement vide qu'elle apparaît plutôt tragique. Pourtant, selon le regard qu'on leur porte, leurs attitudes et leurs actes touchent à la limite du burlesque. C'est sans doute le tour de force de cette peinture de petites gens, que le cinéaste dit avoir écrite en s'inspirant de ce que les habitants de sa ville jettent dans leurs poubelles. Filmée avec une ironie pleine d'empathie, elle montre des personnages si incapables de communiquer et de s'aimer qu'ils en viennent à commettre des horreurs dans la plus grande inconscience. En fait, un grand film social.
Funny Balloons/France, T + 33 1 40 13 05 84, info@funny-balloons.com

CAC Langlois, sam 11, 20h - jeu 16, 22h - dim 19, 15h30


The Taste of Tea (Cha No Aji)
Ishii Katsuhito
Fic, Japon, 2004, 143', 35mm, vost fr


Chez les Haruno, chacun cultive sa petite spécialité. Entre deux chansonnettes, Grand-père prend des poses de super-héros en action. Papa gagne sa vie en pratiquant l'hypnose. Maman se lance tardivement dans une carrière de dessinatrice de mangas. La cadette se sent poursuivie par un double géant d'elle-même et l'aîné tente de résister au bouillonnement de ses hormones.
Avec cette chronique familiale exclusivement pensée en images, gags et apparitions insolites, le cinéaste japonais produit un objet filmique totalement atypique. Sorte de collage pop, sa trame aligne des personnages aussi extravagants que passagers. Apparemment sans limite, l'imagination de l'auteur utilise toute sortes d'artifices formels, des incrustations bédéesques au montage de clip. Une fantaisie nippone qui fait preuve d'un art consommé du loufoque.
>The Klockworx Co/Japon, T + 81 3 5720 7791 / F + 81 3 5720 7792, kana@klockworx.com

Spoutnik, dim 12, 20h - sam 18, 20h


Toro Negro
Pedro Gonzàlez-Rubio, Carlos Armella
doc, Mexique, 2005, 87', beta sp, vost angl/fr


Première suisse

Au fin fond de la province mexicaine, un jeune et pathétique toréador de 23 ans brûle son existence entre de minables corridas de campagne et un alcoolisme ravageur. Père de deux enfants qu'il n'a pas le droit de voir, il en attend un troisième d'une nouvelle compagne. Les dangers des nombreuses corridas qu'il dispute et la violence de sa relation aux femmes mettent constamment son couple et sa vie au bord de l'abîme.
Le héros touchant et dérangeant de ce portrait donne une image aussi flamboyante que dramatique de la campagne mexicaine, où le culte de la force et du courage domine toute autre valeur humaine. Entre deux témoignages directs, les cinéastes ont capté des scènes de vie, qui mettent le film dans une tension permanente, lui donnant un caractère brut et saisissant.
Scalpel Films/France, T + 33 1 43 66 40 30, info@scalpel-films.com

CAC Langlois, sam 11, 22h - mer 15, 17h30


Un año sin amor
Anahì Berneri
fic, Argentine, 2005, 95', 35 mm, vost angl/fr


Première suisse

Atteint du sida, un jeune poète homosexuel se lance dans la chronique de son existence précaire, de son état de santé déclinant et de ses relations amoureuses sans lendemain. Attiré par l'univers sado-masochiste, il se met à fréquenter un club qui lui procure des sensations aussi troubles qu'intenses.
Plus que la chronique d'une déchéance physique, ce récit intime raconte la quête de soi qu'entraîne la proximité de la mort. La vie de Pablo est rythmée par ses tests médicaux, mais le travail de la maladie ne se voit pas autrement que par l'énoncé de résultats toujours plus inquiétants. On suit en revanche la vie sexuelle du jeune homme de très près. Et même si la caméra adopte de préférence une attitude discrète et ne s'attarde jamais sur les détails scabreux d'une orgie, sa grande proximité des corps filmés immerge le spectateur dans le monde secret du SM. La fascination du héros pour des pratiques hors normes devient ainsi extrêmement sensible, de même que la sensation de vie que cette cruauté ritualisée lui procure.
Bavaria Media/Allemagne , T + 49 89 64 99 37 52, sales@bavaria-film.de

CAC Simon, sam 11, 22h - jeu 16, 17h30 - sam 18, 22h


Une fenêtre ouverte
Khady Sylla
doc, Sénégal / France, 2005, 52', beta sp, vost fr


Première suisse

Fascinée par le nombre de fous errants des rues de Dakar, la cinéaste en tire un film étrangement surexposé, puis bascule elle aussi dans la maladie. Tentant de documenter son expérience, elle reprend sa caméra pour suivre une amie qui exposait autrefois sa folie aux yeux de tous, et vit maintenant recluse.
Khady Sylla voit les fous qu'elle regarde comme annonciateurs de son avenir. En suivant de très près son amie paranoïaque, elle s'attarde sur la solitude et le silence qui l'attend. Son précédé est radical: on vit aux côtés de la malade, on s'interroge avec la cinéaste sur le sens du moindre mouvement du visage, et entre deux captations immobiles d'une détresse muette, on regarde la cinéaste proférer ses sentiments en gros plan. Le procédé pourrait être dérangeant, mais la réalisatrice est une vraie poète du verbe, qui transcende la douleur et la folie par la force de ses mots.
Athenaïse/France, T + 33 1 41 72 02 75, athenaises@aol.com

CAC Langlois, sam 11, 13h30 - dim 19, 13h30

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