[FEMMES, AU JOUR LE JOUR]

Mères potentielles sous toutes les latitudes, les femmes se situent dans un espace où le tiraillement entre tradition et modernité est particulièrement sensible.
Considérées comme gardiennes du foyer, garantes de la stabilité familiale dans des contextes culturels extrêmement différents, de quelle manière cette donnée conditionne-t-elle leur place, leurs aspirations, leur liberté? Quelles sont leurs aspirations, leur marge de liberté?
Famille, travail, vie affective, plaisirs, intimité: venus des quatre coins du monde, dix-sept films explorent, chacun à leur manière, émotive, dénonciatrice, intimiste, acide ou truculente, la vie vécue, la vie rêvée des femmes du Sud.

[Résumés]

À propos des garçons, des filles et du voile (Sobyan oue banat)
Yousry Nasrallah, Egypte, 1995, 73', doc

Le film suit Bassam, dans sa famille, avec ses amis. Au fil des discussions surgit, derrière la question du voile, toute la problématique des rapports entre jeunes gens et jeunes filles. Entre elles, des femmes parlent avec beaucoup de sérieux du voile, symbole des libertés entravées pour les unes, décoratif et pratique pour les autres. Les hommes, avec une honnêteté désarmante, racontent ce qu'ils jugent décent ou pas, évoquent leurs relations avec celles qu’ils convoitent. Discussions très libres où il est question de drague, d’amour, de désir, de mariage.
Le film est au cœur des enjeux et des contradictions en place dans les relations entre hommes et femmes dans l'Egypte urbaine d'aujourd'hui. Où il y a oppression, il y a résistance et ruses... C’est celles-ci que le réalisateur s'est plu à exposer, montrant les moyens que les femmes trouvent pour subvertir ces nouvelles lois tacites afin de continuer à montrer leur beauté, exercer leur séduction. Un film résolument optimiste, drôle et sensible, qui s'attaque avec une légèreté réjouissante à un sujet délicat et sérieux.

Prix de la Critique au Festival International du Film documentaire - Ismaïlia; Prix du meilleur documentaire à la Biennale du cinéma arabe de l'Institut du Monde Arabe - Paris.

Bhaji, une balade à Blackpool (Bhaji on the beach)
Gurinder Chadha, Inde/GB, 1993, 100', fic
Plusieurs femmes de tout âge et toutes conditions, immigrées indiennes de l’Asian Woman Center, partent en car passer une journée à la plage près de Birmingham, sous la houlette de Simi, la conductrice en blouson de cuir... Kali doit s'en mélanger les bras: les jeunes Indiennes de la 2e génération ne respectent rien, draguent les garçons, tombent enceintes de leurs copains noirs, font des études de médecine et en plus les abandonnent pour les beaux-arts, et refusent de se laisser frapper par leur mari. Les Indiennes plus âgées ont la dent dure et réagissent avec violence contre une rébellion qu’elles ont d’autant moins osée qu’elles devaient préserver leurs traditions menacées par l’émigration. Elles se retrouveront pourtant dans un très anglais spectacle de Chippendales. Le chignon sage ou la crête en pétard, le sari tiré ou le jean en accordéon, ces personnages incarnent une façon d'être à la fois très anglaise et très indienne, très traditionnelle et très moderne, à l'image de la composition musicale qui oscille de la musique indienne classique à la fusion totale du ragga. Car Gurinder Chadha appartient à une génération qui se sent à la fois britannique et indienne. Avec ce road-movie allègre, dans la lignée ouverte par My beautiful laundrette et The Full Monty, la réalisatrice s'attaque aux deux tabous de la violence familiale et de la mixité des couples dans la communauté immigrée.

Civilisées
Randa Chahal Sabbag, Liban, 1999, 97', fic
Pendant la guerre civile, une partie des Libanais riches ont fui en Europe, abandonnant leurs appartements luxueux... et leurs domestiques: Bernadette la chrétienne, villageoise naïve et ignorante; Thérèse, la montagnarde rude, la servante idéale, qui a tout oublié pour se donner à la cause de ses patrons. Et Najat, qui sans papiers ne peut plus quitter le Liban: forte et caractérielle, déçue par la vie, les hommes et les grandes valeurs, elle sauve du suicide Souad dans la même situation qu'elle. Elles deviennent amantes, par le désir qui naît des urgences et de la solitude. Ces Sri-Lankaises, Philippines et Egyptiennes subissent l’humeur du franc-tireur qui contrôle l’immeuble, ses habitants, le quartier et quelques passages de la ville. Leurs histoires se mêlent à celle d'un jeune milicien musulman et de la jeune Bernadette, à celle de la riche bourgeoise revenue pour retrouver son amant, aux actions bienfaisantes d'un envoyé de la Croix-Rouge... Dans ce délirant croisement des genres, des communautés religieuses et des nationalités, les hommes jouent sérieusement aux petits soldats tandis que les femmes se pomponnent, rêvent d’amour, de chiffons, s'oublient ou se donnent. Soulignant par là le décalage entre ceux n'ont d'autre choix que de faire la guerre, et celles qui la subissent au risque d'y perdre la raison, ce film percutant propose une version grinçante et baroque de la survie des femmes dans des situations de crise .
Sélection officielle Festival de Venise 1999.

De la séduction
G. Salhab et N. Khodr, Liban, 1997, 32', doc
Avec une vision tantôt poétique, tantôt réaliste, ce très beau documentaire de Ghassan Salhab et Nesrine Khodr évoque les méandres du désir, de la séduction, de l’amour, donnant la parole à des femmes de différentes générations. On voit Soraya, jeune Libanaise, qui choisit celui sur qui elle compte exercer son pouvoir de séduction: un homme dont on ne verra presque rien, sinon son dos, sa silhouette, ses mains. Il y a les témoignages d'autres femmes. Marquées par la guerre, elles ont développé un sentiment d'urgence, de temps perdu à rattraper, ou à ne plus perdre. Elles exposent sans détours leurs fantasmes, détaillent leur attirance pour les hommes, leurs choix, expliquent comment la séduction existe aussi comme moyen de communication, comme approche de l’autre, comme marque de respect. Ou partagent ces moments douloureux où la séduction n’opère plus....
Il y a pour ainsi dire une fiction en cours, celle de Soraya, et les témoignages des autres femmes, fragments de documentaires. Des fragments mis en situation dans une tentative non pas de reconstitution mais de réappropriation du réel.

Dilemme au féminin
Mahamat Zara Yacoub, Tchad, 1994, 24', doc
Centré sur l'excision au Tchad, le film mêle images documentaires et scènes de fiction. A travers des témoignages des familles et des autorités religieuses, un rappel de l'origine de ces pratiques et la prise de vue directe des gestes de ces rituels (personnes sensibles s'abstenir), la mise en scène cherche à sensibiliser la population tchadienne. Montré à la télévision, le film a eu un formidable impact, même s'il a valu une mise à l'index de la réalisatrice par les autorités musulmanes. Une réflexion engagée, mais ouverte et respectueuse sur des pratiques de plus en plus controversées en Afrique. Une réflexion qui demande à être débattue, et dont la petite fille se fait le porte-parole dans le dernier plan du film: "être excisée, faut-il le faire, ou ne pas le faire?".

Divorce à l'iranienne
K. Longinotto et Z. Mir-Hosseini, Iran/GB, 1998, 80', doc
Divorce à l'iranienne est véritablement un film qui sort de l'ordinaire, et un film plein de surprises, dont la première est déjà qu'il existe! Les autres tenant dans les préjugés qu'il bat en brèche. Bien que le film se situe clairement du côté des femmes, ce portrait observateur et pondéré d'une cour de tribunal montre une complexité des caractères quasi renoirienne. Kim Longinotto, réalisatrice et Ziba Mir-Hosseini, anthropologue et experte de la loi familiale en Iran, nous donnent à voir grâce à un sens aigu du détail et une patience obstinée une réalité assez lointaine de ce qu'on pourrait en imaginer.
Les femmes qui viennent plaider leur cause sont surprenantes: combatives, ingénieuses, volubiles, déterminées, elles usent de tous les moyens pour arriver à leur fin. Face aux lois qui ne leur donnent pas le droit de demander le divorce sans le consentement de leur mari, on découvre peu à peu leur marge de manœuvre, leurs stratégies et les issues possibles. Trois cas de demande de divorce, trois histoires de couples en perdition, tour à tour porteuses d'espoir ou de désespoir…
Prix du public du Festival de San Francisco 1999.

Flame
Ingrid Sinclair, Zimbabwe, 1996, 90', fic
Un petit village de Rhodésie (futur Zimbabwe) en 1975, au moment où la guerre de libération touche à son point culminant. La vie de deux adolescentes bascule lorsque le père d'une d'elles est fait prisonnier par les Rhodésiens. Avec l’idéalisme de leur âge elles décident alors de s’enrôler aux côtés des Combattants de la Liberté, prennent leur nom de guerre, Flame et Liberty, et toute leur place dans la lutte commune. Mais au-delà du conflit armé, qui semble se dérouler en toile de fond, c'est aussi de combat pour leur propre indépendance qu'il s'agit, et le film suit de très près les fluctuations de l’adulte en devenir des deux amies. Elles devront se débrouiller avec la violence de leurs supérieurs, oser prendre la parole, former tant bien que mal un couple, avoir des enfants désirés ou non... Les indépendantistes gagnent, et Flame, bravement, retourne là où on lui a appris à être: femme au foyer, aux champs, mère de famille. La crise économique suit, son mari est un fainéant, et les ressources combatives de "Flame " la feront réagir à nouveau...
Sélection Quinzaine des Réalisateurs, Cannes 1996.

La Vierge mise à nu par ses prétendants (Oh! Soo Jung)
Hong Sang-soo, Corée du sud, 2000, 127', fic
Une histoire d'amour, deux versions... Soo-Jung est une jeune femme qui travaille dans une petite société de production TV. Elle est extrêmement proche de son producteur Young-Soo, marié et père de famille. Lorsque ce dernier lui présente son ami Jae-Hoon, un triangle amoureux équivoque se met en place. Soo-Jung est rapidement beaucoup plus attirée par l'ardent Jae-Hoon, mais refuse obstinément de faire l'amour avec lui. Au fur et à mesure que leur relation se développe, Jae-Hoon est de plus en plus troublé à l'idée que Soo-Jung puisse être encore vierge... Et le spectateur assiste à l'étonnante mise en parallèle de deux perceptions de l'histoire, celle de Soo-Jung et celle de Jae-Hoon. Regards de la femme sur l’homme, image de la femme troublée par les attentes fantasmagoriques de l'homme: La vierge mise à nu par ses prétendants, fiction coréenne très nouvelle vague, offre entre idéal romantique et réalité crue, le visage double que peut prendre une jeune inconnue.

Le Harem de Madame Osmane
Nadir Mokneche, Algérie, 2000, 100', fic
Alger en 1993, c'est le début de la guerre civile. Madame Osmane a été abandonnée par son mari qui s'est remarié en France et depuis, elle impose à ses locataires, sa fille et sa nièce ses humeurs. Cette ancienne maquisarde de la guerre d'indépendance épie les faits et gestes de son entourage sans se soucier un seul instant de remédier à ses frustrations. Elle frôle la folie quand elle apprend que sa propre fille est amoureuse et sans doute la quittera bientôt. Despotique personnage de mégère algérienne, qui finit par reproduire envers sa fille le système dont elle a été victime. Un "harem" symbolique comme lieu clos de la résistance au mépris du couvre-feu, où règnent des femmes: femmes hystériques, dont le ton farci d'exagération résonne comme une affirmation de cette résistance. Ce film mordant peut passer pour un condensé du temps de la terreur en Algérie, c'est surtout un extraordinaire portrait de femmes farouches et claquemurées, cependant à 1'000 lieues de leur image de victimes.

Le Jardin parfumé
Yamina Benguigui , Algérie, 2000, 52', doc
Au XVème siècle, éprouver le plaisir était important pour un bon musulman, et pour une bonne musulmane. Preuve en est, le Jardin parfumé, manuel érotique de Cheikh Nefzaoui, propose une soixantaine de noms savoureux pour décrire le sexe de l'homme. Aujourd'hui, le mot fait partie du domaine de l'interdit.
La réalisatrice de Mémoires d'immigrés nous entraîne, avec ce voyage initiatique, dans une relecture au féminin de la sexualité et la sensualité dans le monde arabe contemporain. Balade kaléidoscopique allant à la rencontre d'hommes et de femmes de différentes origines, générations et pays, le film soulève quelques coins du voile de pudeur qui couvre la sexualité dans un monde où les tabous et les interdits surgissent de toutes parts. Ce voyage entrouvre les portes du Jardin parfumé où s'ébattent les plaisirs, et souligne la place paradoxale de la sexualité dans le monde arabe. Et celle-ci n'est peut-être pas tout à fait conforme à l'idée que l'on s'en fait.

Le jour où tu m'aimeras (El dia que me quieras)
Florence Jaugey, Nicaragua, 1999, 61', doc
Description non dénuée d'humour sur un sujet qui pourrait n'être que tragique: la vie quotidienne de femmes policières et d'assistantes sociales dans l'un des commissariats de la femme et de l'enfance de Managua: des femmes, des enfants viennent, racontent, dénoncent, réclament le respect de leurs droits. Et les hommes se défendent, se justifient, avançant leurs arguments. La caméra s’est infiltrée, discrète, et nous permet de mieux cerner au fil des dépositions le visage complexe de la violence domestique dans un pays qui a essayé de se rapprocher de divers idéaux, entre autres, celui de l’égalité entre les hommes et les femmes.
Prix Union latine du Festival de Biarritz 2000; Prix du meilleur montage du Festival Icaro - Guatemala 2000

Moi, toi et eux (Eu tu Eles)
Andrucha Waddington, Brésil, 2000, fic
Darlene avait fui sa campagne avec son bébé, pour un mariage qui n’a finalement pas eu lieu. Des années plus tard, mère célibataire, elle revient au pays, une province du Brésil brûlée par la pauvreté et le soleil. Le vieil Osias lui propose de l’épouser, elle accepte. Véritable bête de travail, elle assure l’intendance domestique, s’occupe de son enfant, et travaille dans les champs de canne à sucre pour ramener quelques rares cruzeiros à la maison. Osias, lui, passe ses journées dans son hamac "à réfléchir". Mais ce qui pourrait être le portrait compassionnel voire misérabiliste d’une destinée de femme n’en est pas un: Darlene est avant tout une fantastique force de vie; la quarantaine bien sonnée, le visage marqué par le quotidien, elle est cependant magnifique avec son corps généreux et son sourire éclatant. Elle séduit en passant un travailleur noir et accouche d’un enfant un peu trop sombre pour son mari. Puis ce dernier recueille son cousin qui tombe amoureux d’elle, Darlene s’attache aussi à cet homme fondamentalement bon. La vie pourrait continuer ainsi, mais le beau Ciro arrive... Tournée dans les splendides et arides paysages du Sertao, servi par une lumière chaude et sensuelle, l'histoire de Darlene est un véritable hymne à la force de vie des femmes, à leur optimisme, à leur générosité.
Grand prix du 22ème Festival de La Havane; Grand prix Cinema Brasil 2001; Mention spéciale Un certain regard, Cannes 2000.

Pas un de moins (Not one less)
Zhang Yimou, Chine, 1999, 105', fic
Professeur à l'école primaire du petit village chinois de Shuiquan, Gao doit s'absenter durant un mois pour s'occuper de sa mère malade. Le maire parvient avec difficulté à trouver une remplaçante, Wei Minzhi. Mais voilà, Wei n'est qu'une fillette de 13 ans... Pour Gao, elle ne sera jamais capable d'enseigner à des élèves qui ont le même âge qu'elle. Des 40 élèves que comptait la classe au début de l'année, l'effectif est tombé à 28 à la suite de nombreux départs, provoqués par des impératifs financiers: les enfants travaillent pour aider leur famille. Gao avertit Wei: aucune nouvel élève ne doit plus quitter l'école. Elle ne sera payée qu'à cette condition. Chaque jour, Wei fait consciencieusement l'appel et donne à ses élèves des leçons à copier, espérant qu'ils ne quittent pas les bancs de l'école. Elle finit même par passer la journée devant la porte pour qu'ils ne s'échappent pas. Un jour, un de ses élèves ne se présente pas à l'école: il est parti en ville afin de gagner quelques sous. Pour être fidèle à sa parole, Wei décide de le retrouver et de le ramener en classe coûte que coûte.
Dans un paradoxe éloquent, Zhang Yimou choisit une petite fille pour faire face à toutes les missions: suppléer l'éducateur, s'attaquer aux conséquences de la misère, confronter sa tradition de villageoise avec la modernité de la ville… A force d'ingéniosité et avec une ténacité exemplaire, Wei parviendra à répondre aux attentes des hommes.
Lion d'or, Festival de Venise 1999.

Sara
Dariush Mehrjui, Iran, 1993, 100', fic
Sara est la jeune épouse apparemment heureuse de Hessam, un mari somme toute attentionné. Celui-ci développe une maladie grave qui l’oblige à se faire soigner à l’étranger, ce qui se révèle très coûteux. Sara prend sur elle d’emprunter en cachette la somme à un collègue de son époux et, pendant l'absence de son mari, travaille la nuit pour le rembourser: en effet, Hessam, par fierté, aurait refusé toute "mendicité".
Penchée toutes les nuits sur des broderies, Sara s’abîme lentement les yeux et parvient à sauver son mari et à rembourser une partie de sa dette. Entre-temps renvoyé pour faute professionnelle, le collègue de son mari menace Sara de tout dévoiler si elle ne l’aide pas à réintégrer son travail. Par égard pour l’honneur du mari, Sara se débat entre des sentiments contradictoires et se retrouve prise au piège. Lorsque la vérité éclatera, malgré le pardon de son mari, elle optera pour une solution qui lui donnera les moyens d'agir par elle-même.
Magnifiquement interprété, dévoilant par touches l’angoisse grandissante de Sara, ce film dresse le portrait d’une femme qui d’une part subit les pressions sociales, d’autre part se construit elle-même les limites qui l’enferment dans le sacrifice et la culpabilité, pour finir par s’en libérer.
Prix du meilleur film et de la meilleure actrice (Niki Karimi), Festival de San Sebastian, 1993; Prix du Public et prix d'interprétation féminine, Festival des Trois Continents, Nantes 1993.

Selbé et tant d'autres
Safi Faye, Sénégal, 1982, 30', doc
Le mari de Selbé est parti en ville gagner sa vie. C'est donc à elle d'assumer une grande famille, le travail aux champs, en pleine saison sèche. Ses consœurs n'ont rien à lui envier, leurs charges sont aussi écrasantes: elles doivent subvenir aux besoins de tous les membres de la famille, assurer les corvées domestiques et le travail agricole. Elles parlent de leurs droits, leurs devoirs, leurs rapports avec l'homme qu'elles aiment ou critiquent. Un film rude, à l'image de la vie de ces femmes. En enchaînant sans répit des plans rapprochés sur les bras, les épaules, les corps musclés en mouvement de ces femmes solides, en activité permanente, environnées d'enfants, Safi Faye a réussi à évoquer formellement dans ce bref documentaire, la dureté de ces destinées sans cesse confrontées aux exigences de la survie.

Une femme taxi à Sidi Bel-Abbès
Belkacem Hadjadj, Algérie, 2000, 52', doc
A la mort de son mari, Soumicha, mère de trois enfants, doit trouver un emploi et devient femme taxi à Sidi Bel-Abbès. Le fait qu'elle travaille provoque des émotions et réactions violentes: femmes qui applaudissent à son passage, compliments des uns, insultes des autres… jusqu'aux menaces de mort. Soumicha n'a pas le choix et résiste à toutes les pressions, s'appuyant sur la solidarité des femmes. Le film souligne par de nombreux témoignages et à travers des faits marquants, les conditions dans lesquelles elle exerce un travail à priori réservé aux hommes, dans une ville où l'intégrisme essaie, par la violence, d'imposer sa loi.
En suivant Soumicha, on découvre une localité aux visages multiples et contradictoires et on rencontre d'autres femmes, qui comme elle mènent le combat pour avoir le droit de travailler.

18 printemps
Ann Hui, Hong-Kong, 1997, 90', fic. Attention, vost angl!
Situé dans le Shanghai des années 30, 18 printemps est le récit des rapports ambivalents qui lient Manzhen d'une part à sa soeur aînée Manly, et d'autre part à Shijun, un jeune homme riche éperdument amoureux d'elle. La rivalité amoureuse entre les deux soeurs est assombrie par le sacrifice de Manly qui, à la mort de leur père, est devenue courtisane pour subvenir aux besoins de la famille. L'interprétation hors pair du personnage de Manly en fait un personnage complexe et profondément tragique, qui utilise le masque de la méchanceté pour jongler avec les rôles contradictoires qu'elle est forcée de jouer. Elle est tiraillée entre la modernité absurde de sa profession (émancipation, liberté sexuelle, indépendance financière) et le rôle tristement traditionnel de la soeur-prostituée-pour-aider-sa-famille-qui-a-honte-d'elle (figure classique du mélo asiatique). Sa santé décline, sa jeunesse se fane, elle accepte d'épouser un homme d'affaires débauché. Manzhen n'est pas moins divisée: son éducation (payée par Manly) a fait d'elle une femme indépendante, capable de gagner sa vie. Sa réticence aux avances de Shijun est un mélange de piété familiale et de honte par rapport à la profession de sa soeur, mais aussi d'amour-propre: en "femme nouvelle", elle a goûté à la liberté, et tremble à l'idée d'abandonner le contrôle de sa vie aux sentiments amoureux que lui inspire le jeune homme. Ce dilemme est très moderne, mais la survivance de la polygamie dans la société chinoise va se charger de brouiller les cartes... Un des nombreux films de la prolifique réalisatrice japo-chinoise Ann Hui qui s'est affirmée par l'élégance de sa mise en scène et l'acuité de sa vision.

"Femmes au jour le jour" s'inscrit dans le cadre de l'Année des Nations Unies pour le Dialogue entre les civilisations